Eloge de la Fin

25 juin 2005

Avertissement

Ce blog-là se lit à l'envers. Les notes plus récentes viennent à la fin.

Qu'importe? Dans la tradition hermétique, il est dit que "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas, comme ce qui est en haut". Autant dire que la fin est comme le début, et le début comme la fin. Voici une première piste d'introduction aux contenus.

J'ajoute cette deuxième. Vous pourrez penser qu'il n'y a ici qu'exhibition; de l'égo qui s'étale, du narcissisme: "regardez comme je souffre, et appitoyez-vous". Tel serait le message? Ou alors un appel au secours. Rien de ceci, je vous assure.

Pas de SOS. Je ne viens ici que pour un... des exorcismes. Dont je serais à la fois le prêtre et le possédé, si l'on peut dire.

Je ne vois aucune obscénité à évoquer doutes et félures. Il me semble qu'il y a parfois plus d'impudeur dans certains silences trop sèchement claironnés. Ca ne pleure pas un homme un homme ça vieillit. Une des chansons les plus cons qu'on ait jamais écrite, probablement.

Le blog est-il l'endroit. Dans la mesure où ne  viendront que ceux qui partageraient avec ce qui serait dit quelque émotion ou ressenti, pourquoi pas? Le blog comme un journal qui traîne en ligne, que chacun peut venir feuilleter. Il est là, mais n'y revenez surtout pas mettre le nez, si l'interrogation personnelle vous gêne ou vous choque.

Parmi ceux qui passeront, la grande majorité n'en aura cure, aucun souci. Certains croiront deviner l'auteur, au détour d'une ligne, d'une allusion, et diront ça y est j'ai trouvé qui c'est. Pour d'autres ce sera peut-être évident de la deuxième ligne. Ou tel post leur dira évidemment de qui il s'agit.

Que ceux là me fassent l'amitié du non-dit, "ça y est je t'ai reconnu". Même si les commentaires sont comme tous blogs les bienvenus. Peu importe qui je suis, sur quel blog d'habitude je m'exprime. j'ai ouvert une adresse email dédiée à ce blog si le sujet vous pousse à ce qu'on en discute: elogedelafin@yahoo.fr

Ici, en tout, je ne veux évoquer qu'une chose. Et si je le fais via le blog, c'est qu'il se trouvera peut-être quelqu'un, quelqu'une, à qui ces mots diront quelque chose. Alors du simple fait de le savoir je me sentirai moins seul. Voilà pourquoi le blog.

La fin.

La fin en tout m'obsède, et je crois le moment venu de venir ici vider ce que je ne saurai exprimer ailleurs.

Posté par the_end à 07:07 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


Fin du Monde

tintin3Les premières pages de l'Etoile Mystérieuse mettent le journaliste Tintin devant un scoop effroyable. Une astéroïde va percuter la terre ... Ce ne sera finalement qu'un tremblement de terre, le bolide fatal n'ayant par chance que frôlé la planète. Après la fin, il y a toujours, encore et toujours de la vie. Evidemment, sorti en pleine débacle de la drôle de guerre, cet épisode prenait valeur de symbole: après l'horreur (guerre, panzers, uniformes nazis), le quotidien heureusement reprend ses droits. Tintin du reste embarquerait pour une nouvelle aventure sans trop d'états d'âmes. Sur un beau chalutier en compagnie des savants issus des pays de l'Axe (allemand, espagnol, italien, portugais...) Face à eux, un immonde banquier rapace et sans foi ni loi, au nom typiquement hébraïque, avec un de ces nez volumineux comme on savait en dessiner à l'époque... Sur l'édition originale, le bateau de ces félons arbore le drapeau américain...

L'Etoile Mystérieuse, malgré quelques réécritures, resterait la face noire d'Hergé, et le suivrait jusqu'à la fin de sa propre vie.

Posté par the_end à 18:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Pourquoi ce blog?

Pour frôler un peu le goût du bonheur, il faudrait ne savoir vivre que l'instant.

Les projections dans l'avenir sont autant d'imaginaires inutiles, de labyrinthes sans fin. J'ai perdu le trousseau de clés.

Les ressassements du passé sont autant de freins à vivre le présent, à se l'approprier.

Mais si vous pensez que l'instant n'a pas de sens réel à être vécu, puisque il n'est d'histoire qui doive s'arrêter, alors vous vivrez dans l'inquiétude constante.

La peur de l'abandon, du rejet, vous collera à la peau comme une aura de désespoir veule.

"Il faut laisser le temps au temps", cette maxime-là d'abord vous semble la plus impossible à entendre. Alors la précipitation vous hante, vous pousse à briser, dès le présent, les avenirs possibles.

C'est une névrose. Sans doute. De celles qui ruinent le quotidien et ne peuvent être combattues. Car quoi que vous fassiez, elles reviendront comme les vagues lissent le sable pour que disparaisse toute trace.

Posté par the_end à 23:26 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

26 juin 2005

commencer par la fin

Enfant déjà j'allais d'abord lire le dernier chapitre du livre, avant de commencer l'histoire. Je ne pouvais me résoudre à suivre l'auteur dans ses pérégrinations, de crainte qu'il ne m'entraine dans une histoire dont je ne maitriserais pas l'issue, ce qui aux autres est le premier moteur du plaisir.

Certain soir de ma vie, j'ai connu l'inconnu, le voyage au centre de la terre, et ce qui devait suivre. J'ai bien du me résoudre à connaitre l'abandon sans savoir quelle serait la fin.

Mais je ne suis toujours pas parvenu à me débarasser vraiment de cette hantise. Savoir la fin de l'histoire avant même qu'elle ait commencé...

Posté par the_end à 10:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Précision

Est-ce que ce blog sans le dire, parle du suicide?

Non.

Enfin, pas vraiment.

Décider de sa propre fin, le jour, l'heure, les circonstances, demeure, oui, de mon point de vue, la moins pire des solutions.

Reste que la plupart du temps, ça fait mal ou ça laisse des taches. Après, il faut quelqu'un pour nettoyer les murs, et c'est déjà une première occasion de se faire détester post mortem. Vous me direz, quelle importance? Oui, mais supposez que la fin ne soit qu'un début: une vie éternelle à cupabiliser...

La perspective de passer sous une rame de métro vous a quelque chose de désagréable au moment d'imaginer la seconde précise du choc. Récemment, je lisais qu'un homme s'était posé la tête (je dis, la tête) contre le rail du train. Etrange idée.

Non ce blog n'est pas axé autour du suicide, bien que l'idée me traverse chaque jour au moins une fois, comme celle de me laver les dents, ou d'aller lire les blogs que j'aime ou qui me font sourire. Quiconque souffre de la fin, sait qu'il ne pourra jamais vraiment s'extraire de cette vague idée qui flotte, et c'est une étrange compagne. Patrick Dewaere était comme ça parait-il. Bon.... Un autre exemple.

De toutes façons, de l'idée au passage à l'acte, il y a bien plus qu'un pas. La raison. La lacheté. L'instinct de survie. La réaction des autres. La peur de l'instant ultime. Le prochain tirage du loto.

La douleur de ceux qui vous aiment?

Aussi, oui.

Posté par the_end à 10:28 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


La fin du début

Une nuit dont chaque seconde dure une heure. Leur poids finira par vous épuiser. Tant de nuits blanches viendront, plus tard, compenser ces minutes-là de sommeil inopportun, mais pour l'heure vous n'en savez rien.

Elle est assise dans son fauteuil, et vous à ses côtés. Son visage devenu si las, ses cheveux si blancs, C'est une très vieille femme de cinquante trois ans, parfois vous croyez ne pas la reconnaitre. Elle vous a fait appeler, dès le matin, et c'est maintenant la nuit pâle, de silences entrecoupés, tant de mots qui s'échappent, d'étranges bulles d'air invisibles où l'épuisement joue le chef d'orchestre. Des mots qui vous parlent de vous, de souvenirs, de regrets en cascades. Ce temps là n'en finira pas, dans chaque poitrine la douleur pèse une tonne. Et cette odeur qui rôdait déjà ces dernières semaines, et se fait plus insistante. Vous auriez du deviner, non?

Malgré l'intensité de chaque parole, ce dialogue épuisé, sans patience, volé au chronomètre... malgré cela... vous vous écroulerez de fatigue, quelques instants à ses côtés, la laissant seule avec la veilleuse. Autant de minutes retirées, tous ces mots à dire,

"à dire et à entendre".

Puis le jour viendra, vite.

La pièce sera bientôt jouée. Y repensant, vous aimeriez pouvoir dire, moi si j'y tenais mal mon rôle c'était de n'y comprendre rien. Hélas, ce n'est pas vrai. Sans l'avoir répété, vous aviez tout saisi du le scénario. Mais étiez-vous à la hauteur de sa réalisation? Cela n'est pas certain, n'est-ce-pas. Manque de carrure, sans doute. A vingt-cinq ans...

L'infirmière agissait discrète. rectifiait correctement le débit du goutte à goutte. Puis vous cherchait des yeux, regard intense et dur qui vous disait, ça y est, je suis en train de le faire. Vois le pacte entre elle et moi qui se noue sous tes yeux. Elle s'est endormie calmement. Il fallait encore longtemps de patience, de silences et respirations sourdes, cette odeur désormais omniprésente, ouvrir les fenêtres donnant sur le parc, entendre dehors le chant des oiseaux? impossible. Je suis sorti prendre l'air dans le couloir, juste cinq minutes. Ce furent ces minutes là, précisément. Quand je regagnai la chambre, le rideau venait de tomber sur la petite comédienne amateur qui avait tant fait rire ses amis.

Depuis, tant de fois se dire, j'aurais pu attendre cinq minutes encore. Ne pas louper la fin de la pièce.

My mummy's dead.

I can't get it through my head,

though it's been so many years,

my mummy's dead

(john lennon)

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27 juin 2005

savoir conclure

Au cinquième acte, dernière scène, ce mot de Cyrano:

c'est bien, j'aurai tout raté, même ma mort...

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29 juin 2005

"Aboutir

Dans le questionnaire de Proust, à la question comment aimeriez-vous mourir, cette réponse: "apaisé".

Le plaisir du romancier écrivant le mot fin au bas du manuscrit.

Supposer qu'un travail puisse un jour "être terminé".

La satisfaction du devoir accompli.

Soyons un instant sérieux : comment pourrais-je seulement imaginer ces fins-là possibles?

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Le mot "FIN"

finVoilà bien longtemps qu'on ne voit plus ce mot s'afficher, quand se termine le film.

Qui donc a précisément le souvenir de la dernière fois où il vit ce mot, indiquant que l'histoire était bel et bien terminée? Qu'une autre commencerait, peut-être, mais que rien n'étant certain, le doute prévalait.

C'est comme si dans le monde moderne, où chacun veut rajeunir sans fin, on ne pouvait imaginer que la vie mêmepuisse en avoir une, et les histoires qui la composent.

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The END

sheen1This is the end, my only friend, the End...

Dans ce début d'Apocalypse Now. c'est La fin, chantée par Morrison, qui arrive dès le début. Comme plus rien n'a de logique, quelle importance. Pour Martin Sheen, ce voyage initiatique remontant la rivière jusqu'aux frontières cambodgiennes, ne conduit ni à la sagesse, ni à la maîtrise. Quand tout commence par la fin, qu'attendre?

Posté par the_end à 19:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

30 juin 2005

blog secret

J'ai tenu un blog anonyme et secret. En dehors de moi une seule personne en avait l'adresse: tout ce qui s'y écrivait lui était exclusivement destiné.

Je me demandais dès le début comment se terminerait cette petite aventure.

Sur une incompréhension, quelques mots mal dits puis mal interprétés, je revins sur le lieu des confidences, des mots qui se voulaient doux et apaisants, et en quelques clics je fis tout disparaitre. C'était comme un acte de destruction barbare, nihiliste. Tout ce que j'avais dit là, quelle que soit son importance éventuelle, retournait dans le néant d'une simple pression de mon doigt.

J'ai tout effacé. Puis versé quelques larmes sur cette jolie parenthèse déjà refermée. Je n'ai même pas sauvegardé les textes pour y repenser un jour.

Plus rien de tout cela n'existera.

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citation

Las de vivre, ayant peur de mourir...

Oscar Wilde.

Un de mes anciens amis, de ceux qu'on laisse sur le bord de la route, ils sont nombreux... mais de ceux que l'on se prend à regretter parfois, -ils le sont moins-, m'avait offert cette petite phrase comme un clin d'oeil cynique. Il trouvait qu'elle m'allait bien. J'étais d'accord.

J'avais à peine trente ans.

Aujourd'hui, je ne la renie pas, comme vous pouvez supposer.

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séparation?

Et penser à cette jolie phrase d'Alain Bashung:

"si tu me quittes est-ce que je peux venir aussi?"

Posté par the_end à 13:22 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]